La Posture du Mois

Mai 2017

Ushtrasana 1

Ustrasana

« La Posture du Chameau »

Ustra = chameau

Pourquoi la « Posture du Chameau » plutôt que celle du « Dromadaire » ? La question souligne le « genre » entre le camelus dromedarius (chameau d’Arabie originaire d’Afrique) et le camelus bactrianus (originaire d’Asie). Dans les deux cas, c’est toujours un chameau et, pour les distinguer clairement, il n’y a qu’une bosse à franchir… Une bosse sur le dos du dromadaire, deux sur le chameau de Bactriane. Bref, deux espèces de camélidés vivant sur deux continents différents : climat des déserts chauds (Sahara, péninsule Arabique) pour le premier, climat des déserts froids d’Asie (Pamir, Mongolie, Chine) pour le second. Le dromadaire ne rencontre jamais le chameau, ni sur les grandes artères chamelières, ni dans le bestiaire traditionnel appartenant au Yoga.

Le chameau de bactriane

Mythologie – Symbolique

Le symbolisme des animaux occupe une place majeure dans la mythologie indienne. En effet, la plupart des divinités hindoues sont représentées chevauchant un animal considéré comme la « monture du dieu » (vahana). Subséquemment, rien d’étonnant si nous retrouvons l’aigle, le paon, le chien, le lion, le cobra, le crocodile, le singe, la vache, l’éléphant, etc. dans le corpus postural du Yoga. Mais au Panthéon des animaux sacrés de l’Inde, le Chameau brille par son absence… Comment interpréter cette énigme ?

Pourtant, le symbolisme oriental considère le chameau comme l’attribut de la tempérance, de l’endurance voire de la soumission. Il est le compagnon indispensable mais discret des longues caravanes qui sillonnent l’Asie. Il est la monture qui aide à traverser le désert spirituel et grâce à laquelle on peut donc atteindre le centre caché de l’essence divine… à défaut le lieu temporel et matériel (route de la soie) tant convoité ou courtisé ! Compagnon du désert, le chameau est le véhicule qui conduit, d’oasis en oasis, de caravansérails en caravansérails, vers les richesses profondes et secrètes de l’antique Asie.

Comprendre l’origine de la Posture du Chameau

un peu de Protohistoire

La_civilisation de l' Indus

D’emblée, rappelons que le Yoga n’est pas né sur les rives du Gange mais dans les alluvions de l’Indus à une époque lointaine dite proto-dravidienne ou proto-védique (- 3000), donc antérieure aux Védas (-1800). Le berceau du Yoga occupe donc un vaste territoire géographique qui comprend une partie de l’actuel Baloutchistan (comprenant l’Hindu-Kush), du Pakistan et du Pendjab. Or, à y regarder de près, que remarque-t-on ? La Bactriane (berceau du camelus bactrianus) est une région située au Nord-Ouest de la vallée de L’Indus et qui présente la particularité d’être un delta territorial ramifié de routes secondaires de la soie. En raison des civilisations qui s’y sont succédées, la Bactriane a fasciné les protochronistes qui en font, à une époque très reculée, le centre d’un empire puissant et à la civilisation brillante, considéré tantôt comme le berceau de l’empire des Perses et de la religion de Zoroastre, tantôt comme celui des Aryens, tantôt comme celui des Bulgares.

BactriaMap

Le Yoga protohistorique est bien né au centre d’un territoire qui comprend au Nord les Plateaux du Pamir, au sud l’Hindu-Kush et à l’ouest la Bactriane qui a donné son nom au chameau asiatique. Hautement vénéré, les proto-yogis ont fait du camélidé leur animal-symbole ce qui explique la place qu’il occupe dans le bestiaire primitif du proto-yoga.

Cela dit, je fais confiance à votre imagination pour tenter de découvrir un ersatz de ressemblance entre la posture du Chameau et son modèle naturel et originel.

Le camelus bactrianus

Comment aborder Ustrasana

une once de pratique vaut une tonne de théorie

Ushtrasana 3

AVIS AUX DEBUTANTS

cyphose dorsale, lordose lombaire ou cervicale = s’abstenir

Pour pouvoir pratiquer le yoga sainement, il faut connaître la direction et l’alignement spécifiques à chaque posture aussi bien que leurs détails. Ce qui implique de comprendre avec précision dans quelle direction et avec quelle amplitude nous allons nous mouvoir, tourner ou s’étirer, de même identifier la partie du corps qui doit rester fixe. Mais aussi de savoir si une action est correcte ou non, s’il y a ou non des tensions. Une compréhension juste permet de progresser en Yoga.

La mise en pratique de la « Posture du Chameau » n’échappe pas à la règle.

Ustrasana est une flexion arrière avec les épaules en extension comme Purvottanasana. Par le contact des mains sur les pieds, la posture connecte les squelettes appendiculaires, supérieur et inférieur comme Dhanurasana.

La pratique d’Ustrasana suppose en amont un travail préparatoire sur l’ensemble du rachis afin de déployer l’arc vertébral sur toute son étendue. L’essence même de la posture exige une certaine fluidité des charnières costo-vertébrales et costo-sternales. Pour le pratiquant, le souci majeur est de respecter les ensellures naturelles de la colonne en évitant l’exagération de ces dernières aux étages lombaire et cervical, ce qui entraînerait un risque de plicature des espaces intervertébraux.

La région principale du corps, où se concentrent les forces dynamiques, est incarnée par le pelvis avec sa musculature associée, notamment les glutéaux dans les fesses. Le pratiquant doit s’exercer à mobiliser son bassin dans une direction rétroversive puis, sous l’effet de la contraction des muscles fessiers, sortir la région pubienne en avant et le plus loin du corps.

Observons le schéma ci-dessous.

Ustrasana Actions et Synergies

Que remarque-t-on ?

Le croquis parle de lui-même et synthétise l’ensemble des actions synergiques : alignements des vecteurs, directions appendiculaires, contractions et poussées musculaires. Notez l’amplitude des espaces ilio-inguinaux et axillo-pectoraux ainsi que l’exceptionnelle expansion du thorax antérieur alors que le massif vertébral fusionne avec le plan orthopédique localisé dans le champ profond du dos.

La pratique d’Ustrasana est indissociable de sa contre-pose Shashankasana (posture de la feuille pliée voire du lièvre)), appelée aussi Balasana (posture de l’enfant) ou encore Garbhasana (posture du Foetus). C’est donc la contre-posture à prendre immédiatement après celle du Chameau.

Shashankasana

ACTIONS & SYNERGIES

ustrasan2

  • Les rhomboïdes, qui connectent la colonne vertébrale et les scapulas, travaillent avec les faisceaux inférieur et moyen des trapèzes pour tirer les épaules vers l’arrière et les abaisser.
  • Les petits pectoraux, dans le haut de la poitrine, soulèvent la cage thoracique.
  • Les deltoïdes postérieurs, à l’arrière des épaules, tendent celles-ci.
  • Les triceps, à l’arrière des bras, amènent les coudes en extension.
  • Les poignets se fléchissent, doigts pointés dans la direction opposée au corps.
  • Les grands glutéaux, dans les fesses, et les ischio-jambiers, à l’arrière des cuisses, entraînent les hanches en extension.
  • Les adducteurs, sur la face interne des cuisses, rapprochent les cuisses l’une de l’autre et tirent les fémurs vers le tronc.
  • Les tenseurs du fascia lata, sur le côté des cuisses, et les moyens glutéaux, dans les fesses, tournent les humérus vers l’intérieur. Cette rotation interne contrebalance la rotation externe des cuisses par les grands glutéaux.
  • Les quadriceps, sur la face avant des cuisses, tendent partiellement les genoux pour amener les fémurs à la verticale.
  • Les gastrocnémiens et les soléaires, dans les mollets, plient les chevilles, les orteils pointant dans la direction opposée au corps.
  • Les psoas et les carrés des lombes, dans le bas du dos, soutiennent la colonne lombale. A l’avant, les droits de l’abdomen se contractent légèrement. Ensemble, ces muscles compriment les organes abdominaux pour créer un effet d’airbag et protéger la colonne vertébrale.

(Extraits de l’ouvrage « Yoga Anatomie – Les Postures » – Pages 138 / 139 – de Ray Long)

Bonne pratique !

Sylvie Schmitt le 12 mai 2017

« Il faut que l’amour s’incarne dans le plus petit pore de la peau, dans la plus petite cellule du corps, pour la rendre intelligente en vue de sa collaboration avec toutes les autres, dans la grande république du corps. » (B. K. S. Iyengar)

 

Le camelus bactrianus

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